Almanach 1915 (2018-21)

Dans ce projet, deux temps se côtoient : celui d’un voyage mémoriel durant lequel ma mère et moi avons visité Afyonkarahisar et Burdur, villes que nos aieux ont fuies en 1915 lors du génocide des arméniens perpétré par les Jeunes-Turcs et celui calendaire, arrêté à la date fatidique. Des photographies de ce voyage en Turquie, où la négation du génocide perdure, sont cousues sur des almanachs des postes français avec une laine rouge achetée en Arménie mais provenant de Turquie. En liant ces différents temps et territoires qui habitent ma mémoire et constituent une part de mon identité, je cherche ma place dans le récit intime et collectif. Ici, c’est une mémoire heureuse qui recouvre et vient hanter un passé traumatique. Archives, photographies, almanachs et souvenirs caviardés cohabitent dans le même espace, lieu de mémoire, d’oubli, et de hantise.

« […] les manifestations individuelles de l’oubli sont inextricablement mêlées à ses formes collectives, au point que les expériences les plus troublantes de l’oubli, telle que la hantise, ne déploient leurs effets les plus maléfiques qu’à l’échelle des mémoires collectives […] »

Paul RICOEUR, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, II - Une mémoire oublieuse Le Seuil, 2000, p.575

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